Lieux qui semblent culturellement : Saint Nicolas et la lignée arthurienne

Souvent, la recherche et la connaissance partent de très loin, de lieux qui semblent souvent culturellement différents, mais qui ont en fait plus de points communs qu’on ne le pense. C’est en suivant ce fil d’Ariane invisible qui lie entre elles des civilisations qui semblent très éloignées, tel un nouvel Ulysse, vers les rivages féeriques des mythes celtiques pour ensuite vous interroger sur un bas-relief très proche de nous, celui de la ” Porta Dei Leoni ” de la Basilique de San Nicola. Aujourd’hui encore, pour les touristes qui viennent à Bari, la basilique Saint-Nicolas est une étape obligatoire, comme elle l’était autrefois pour de nombreux pèlerins chrétiens qui traversaient les Pouilles et parcouraient ses routes, la Francigena et la “via sacra longobardorum” pour aller de l’Orient à Rome et Compostelle ou vice versa, pour atteindre Constantinople et la Terre Sainte.

La légende de saint nicolas

Bari est ainsi devenue un carrefour crucial pour les connexions entre l’Orient et l’Occident, entre l’Église orthodoxe et l’Église chrétienne. Mais une autre culture, une autre religion apparaissait dans ces années-là dans la “polis” de Bari. En fait, dans la première moitié du IXe siècle, on trouve des nouvelles d’établissements musulmans dans les Pouilles. Vers 853, Bari est gouvernée par le musulman Mufarrag ibn Sallam, qui s’occupe de la construction d’une mosquée dans la ville, qui n’a pas encore été retrouvée. La construction de cet ouvrage amène dans la ville une série de travailleurs arabes dont les influences sont encore visibles aujourd’hui dans la Basilique Nicolaiana. La présence arabe ne dure que quelques années, mais laisse dans le tissu de la ville de fortes influences non seulement au niveau architectural, mais aussi politique et culturel.

Des traces du monde arabe se retrouvent donc dans cette même basilique, à droite de la célèbre porte des lions, on note comme une dalle de réemploi, une tombe anonyme de facture arabe classique ou encore le tracé représentant le Monogramme d’Allah au sein de la mosaïque du presbytère.

Bari devient une ville “trait d’Union” entre l’Orient et l’Occident, entre la “regula latina”, l’orient ou “attica” et le monde arabe, “pivot” de ce “mouvement” de pèlerins et de guerriers que nous définirions croisade, un terme anachronique qui ne commence à être utilisé que dans le passé. Bari devint le “trait d’union” entre l’Orient et l’Occident, entre la “règle latine”, l’Orient ou “l’Attique” et le monde arabe, le “pivot” de ce “mouvement” de pèlerins et de guerriers qu’on appelles aujourd’hui croisade, un terme anachronique qui ne commença à être utilisé que vers 200-300, et qui était en fait communément défini par “iter”, “auxilium”, “succursum” ou enfin “passagium”. Pour cette ville multiethnique de Bari, un saint patron classique ne suffisait donc pas, mais il fallait une figure charismatique qui unisse virtuellement les deux mondes, occidental et oriental : saint Nicolas.

C’est ainsi qu’en 1087, un groupe de 62 marins conduits par quelques prêtres se rendit à Myra où, d’un puits rempli d’un étrange liquide, ce qui sera ensuite appelé la Manne, ils prirent une partie des ossements de Saint Nicolas pour les apporter, en tant que reliques vénérées, dans la ville. Les ossements furent ainsi placés temporairement dans l’église de Saint Etienne et ensuite dans la Basilique construite sur la zone du Catapano, le siège du gouverneur byzantin de la Thèma de Longobardia.

Il existe de nombreuses légendes liées au saint, et toutes sont liées à la capacité de Nicolas de Myre à produire de l’abondance, l’une d’entre elles raconte que trois jeunes filles très pauvres étaient destinées à se prostituer, le saint les a sauvées de leur mauvais destin en leur apportant trois sacs de pièces d’or par la fenêtre, on dit que l’évêque de Myre donnait de la nourriture et des vêtements aux familles les plus pauvres en apportant ces cadeaux par les cheminées. Une nouvelle figure du saint est née : il est devenu celui qui distribue les cadeaux, une tâche pour laquelle il s’est rendu célèbre dans toute l’Europe, et qu’il accomplissait traditionnellement le 6 décembre, puis qui a été déplacée à la veille de Noël. C’est d’une corruption du nom de Saint-Nicolas qu’est née la légende du Père Noël.

Cette caractéristique du saint pourrait peut-être être liée à la manne traditionnelle qui est produite à partir de ses os et qui, dans l’imaginaire collectif, relie la figure de Nicolas aux “dons”.

Il est possible de remarquer comment la Basilique Nicolaiana devient réellement un centre de mélange de nombreuses religions apparemment sans lien entre elles, une union entre le monde occidental transcendant, le monde du Démiurge, et le monde oriental immanent. Autour de toutes ces étranges symbologies et légendes naissent différentes hypothèses orthodoxes, l’une d’entre elles, soutenue par certains chercheurs, est que la translation des ossements du saint n’était qu’une couverture, voulue par le Pape Grégoire VII pour la récupération d’une chose très précieuse, une relique qui pourrait aider les armées chrétiennes contre les “infidèles” et qui se trouvait dans le mythique Sarraz, lieu impossible à localiser historiquement ou géographiquement. On disait qu’il ne se trouvait pas en Égypte, mais que “l’on pouvait voir de loin le Grand Nil”, situé au Moyen-Orient et lieu d’où “provenaient les Sarrasins”. Cette relique “puissante” n’était rien d’autre que le Graal, la “scutella” qui pouvait donner une nouvelle force aux armées de croisade qui partaient du port de la ville pour combattre les infidèles, et ce n’est pas un hasard si la première croisade a été organisée à Bari par le pape Urbain II.

Mais qu’est-ce que le Graal ?

Difficile de définir en quelques mots une “chose” qui a fait couler des rivières d’encre du Moyen Âge à nos jours. Pour certains il s’agirait de la coupe du dernier repas et où le sang du Christ a été recueilli, selon d’autres hypothèses le terme Graal viendrait de Sang Real, c’est-à-dire de la dynastie mieux définie dérivée de Jésus, pour d’autres il s’agirait de rappeler le chaudron celtique de Dagda à partir duquel, ensuite, ont été forgées 7 coupes plus petites. En réalité, il pourrait s’agir d’un objet matériel et immatériel, symbole d’une ancienne religion chtonienne qui utilisait la “coupe” comme métaphore du “ventre maternel” de la déesse Terre, et plus tard comme métaphore de la Vierge Marie, comme on peut le voir dans la Litanie de Lorette où il est dit “vas spirituale, vas honorabile, vas insigne devotionis”. Ce symbolisme est également lié à la lance de Lug, que l’on pourrait comparer à celle de Longinus, dont il existe une copie à Saint-Nicolas. En effet, la coupe et l’épée seraient unies dans la mémoire de ce culte unique, le culte de la Terre Mère : l’élément féminin, et du Soleil : l’élément masculin, représenté dans cette symbologie par l’épée, et macroscopiquement, parmi les civilisations mégalithiques, avec l’érection du menhir, le “rocher” coincé dans le ventre de la terre brune. La recherche du Graal serait donc à la fois une recherche de l’objet matériel, mais aussi une recherche ou une redécouverte de ce culte ancien qu’il symbolise.

Comme signe tangible de cette recherche ici sur l’archivolte de la fameuse ” porte des Lions ” de la Basilique, représentaient des scènes du cycle arthurien.En réalité’ le problème qui se pose et’ que ce Rex Arturius représentait et’ de grand antécédent à la diffusion en Italie de la ” Matière de Bretagne “. et ce n’est pas le seul cas.

En fait, un autre roi Arthur est représenté dans la mosaïque de sol de la cathédrale d’Otrante alors qu’il se bat contre un étrange félin qui rappelle le “gatto Lupesco”. un poète sicilien anonyme qui “chante” le roi mythique, et dans celui de Modène. De plus, bien avant les mythes arthuriens, le thème de “l’épée dans le rocher” qui rappelle symboliquement fortement l’histoires, vous le retrouvez à Chiusdino, dans l’abbaye dédiée à Saint Galgano. Le symbolisme de “l’épée dans la pierre” est lié au mythe du Graal. Pour certains, le Graal lui-même, ne serait pas une coupe, mais plutôt “une pierre, ce que Wolfram von Eschernbach définit dans “parzival comme “lapis exillis”. Encore pour beaucoup de terme dérivé de Lapis ex coelis et donc pierre tombée du ciel, définition qui lierait encore plus ‘ces deux cultes qui semblent apparemment séparés : le ciel et la terre.

Une confirmation se trouve en Phrygie, où, par exemple, Cybèle était adorée sous la forme de la Pierre Noire que l’on croyait tombée du ciel. Et voici donc que pour répondre à ces anachronismes il faut revenir à la “matière de Bretagne” et à la figure du roi Arthur.On a beaucoup discuté sur l’origine étymologique du nom Arthur, il pourrait dériver des termes celtiques ART, rocher, ou ARTH GWYR, homme-ours. Le même nom, donc, semble lier le personnage mythique à la “pierre” et à son culte. Arthur n’est mentionné en tant que personnage historique qu’au dixième siècle de notre ère, mais les traditions le font remonter au cinquième sixième siècle. Pour certains chercheurs, le souverain serait un personnage inspiré de Cu Chulainn , protagoniste des poèmes épiques irlandais, et le nom pourrait dériver du latin Artorius a “Comes Britanniarum” , ou un représentant local de l’Empire. Dans les années 600, dans le poème épique Gododdin, dans un passage très intéressant, il est question d’un guerrier qui “fournissait de la nourriture aux corbeaux sur les remparts sans être un Arthur”. Que signifie cette phrase ? Y avait-il plus d’un Arthur ? Si c’est le cas, cela justifierait certaines des contradictions temporelles qui caractérisent les rois celtes, on pourrait penser que le terme Arthur, issu d’un roi mythique, était un titre repris par tous ses successeurs, un peu comme le titre de César pour les Romains ; cela justifierait les différents décalages temporels qui existent sur ce personnage ; en effet, le roi Arthur étant lié à l’entreprise mythique de récupération du Graal, une idée intrigante pourrait être que tous ceux qui ont été désignés pour une telle mission ont pris ce titre.

C’est ainsi qu’est née une idée fascinante : en 1087, une escouade de 62 chevaliers, dirigée par un certain Arthur, s’est rendue de Bari au mythique Sarraz pour récupérer les ossements du saint gardien du Graal, et dont la mémorable entreprise a été immortalisée à jamais dans une archive de la même basilique construite pour abriter les ossements du saint, pour rappeler, si jamais il était nécessaire, que ce n’est pas “le nom d’un homme qui est conservé dans la mémoire historique, mais ses réalisations.